L’efficacité reconnue des virus bienfaisants pour substituer à l’usage abusif des antibiotiques

L’efficacité reconnue des virus bienfaisants pour substituer à l’usage abusif des antibiotiques

La pratique de l’utilisation des virus pour soigner des maladies résiste au temps. Au fil des années, de nombreux laboratoires européens et américains s’attèlent au développement de la phagothérapie, une voie ancienne, innovante et de plus prometteuse dans la lutte contre les bactéries pathogènes en médecine humaine et vétérinaire.

 Les virus sont des organismes de très petite taille. Ils envahissent les cellules à la manière des herbes nuisibles qui inondent des vergers. Une fois installé dans une cellule, le virus se comporte en parasite, vit grâce à la cellule hôte. Ce point reste commun à tous les microbes qui sont d’ailleurs redoutés pour leur capacité et leur réputation à transmettre diverses maladies, partant de la grippe au SIDA. Les affections virales peuvent être strictement humaines ou communes à l’homme et aux animaux, cas par exemple de la rage.

Logés dans un organisme, les virus parviennent à modifier des organes ou des tissus, certains en se multipliant, d’autres en se propageant par le sang, d’autres encore en sécrétant des toxines. En informatique aussi, on parle d’infection pour décrire la pénétration et le développement d’un virus dans un système, c’est-à-dire une instruction ou suite d’instructions parasites, introduite dans un programme et susceptible d’entraîner diverses perturbations dans le fonctionnement d’un ordinateur.

Mais surprise, l’on trouve aussi des virus bienfaisants qui rendent d’énormes services bénéfiques à notre organisme. A la manière de certains animaux, oiseaux ou plantes qui se nourrissent de leurs proies, ces micro-organismes détruisent des bactéries nocives à notre santé. Ils sont appelés bactériophages ou simplement, phages. Les phages remplacent avantageusement des antibiotiques dans de très nombreux cas.

Bien avant l’invention des antibiotiques

Comparés aux autres catégories de virus, les bactériophages se distinguent par leur immense diversité, tant au niveau de leur morphologie que de la composition de leurs génomes. Les données actuelles indiquent en effet que les phages représentent le plus important réservoir de matériel génétique encore inconnu sur terre, l’eau de mer comptant à elle seule des milliards de particules par millilitre !

Exploitant leurs effets bienfaisants, la science utilise depuis plus de 80 ans cette catégorie de virus pour soigner certaines maladies. Thérapie à la fois ancienne et innovante, dénommée la phagothérapie. Utilisée bien avant l’invention des antibiotiques, elle est fondée sur le recours aux virus bactériophages ou virus bactériens, c’est-à-dire les virus qui n’infectent que des bactéries. De l’avis des spécialistes, « Les phages ont une activité plus limitée que les antibiotiques, ne détruisant que certaines souches d’une bactérie, mais ne provoquent pratiquement jamais d’effets secondaires graves dans l’organisme soigné ».

L’usage thérapeutique des phages offre une voie alternative aux antibiotiques dans la lutte contre les bactéries pathogènes en médecine humaine et vétérinaire. Ce d’autant plus qu’à travers le monde, l’on assiste à l’émergence permanente de nouvelles souches multi-résistantes. Il convient de relever également que cette technique très utilisée en Europe de l’Est de nos jours, a été pratiquée en France bien avant la découverte de la pénicilline intervenue dans les années 1930.

 Soins aux virus bactériophages interdits en France

En France cependant, les adeptes de la phagothérapie se soignent dans la clandestinité car le pays interdit l’autorisation des bactériophages. Bien plus, la plupart des médecins ne connaissent pas l’existence des phages. En outre, des réticences ralentissent la mise en route d’essais cliniques des phages. Alain-Michel Ceretti, président d’honneur de l’association « Le Lien » se bat pour que les phages soient autorisés en France. Selon lui, cette autorisation des phages est même « un enjeu de santé publique« , à l’heure où certaines bactéries développent des « niveaux de résistance inquiétants, voire alarmants » pour lesquels, on ne dispose plus de médicaments assez efficaces pour lutter contre ces bactéries.

Ailleurs, de nombreux laboratoires européens et américains mènent actuellement des études en vue de développer l’usage thérapeutique des phages. Toutefois, la France a mis la main à la pâte pour se lancer elle aussi dans la course à travers la percée dans ce secteur de certaines de ses entreprises. Cas de l’entreprise Pherecydes Pharma, implantée à Romainville, en banlieue parisienne, et spécialisée depuis neuf ans dans le secteur d’activité de la recherche-développement en biotechnologie. Son PDG, Jérôme Gabard, dans une interview accordée à la presse explique : « C’est dans les égouts de Paris, sous les hôpitaux, que nous récupérons les plus beaux spécimens ! Récemment, on nous a apporté un litre d’eau usée en provenance d’Inde, pour élargir notre collection  ».

Pherecydes-Pharma fait partie des rares laboratoires privés français à tester des médicaments à base de phages, capables de soigner des staphylocoques dorés et certaines infections respiratoires.

 Mais la phagothérapie demeure une pratique médicale ancienne, bien connue, même en France depuis des décennies. Le biologiste franco-canadien Félix d’Hérelle (1873-1949), spécialiste de microbiologie et des bactériophages participa activement et de façon déterminante à l’invention de la phagothérapie. Il  fut parmi les premiers à réaliser le potentiel des phages dans le traitement des infections bactériennes chez l’humain. A l’Institut Pasteur de Paris, il fait la connaissance du microbiologiste George Eliava (1892-1937) de la République soviétique de Géorgie (aujourd’hui, la République de Géorgie) avec qui il co-fonda en 1933, un institut de recherche entièrement dédié aux phages. On y guérit jusqu’à ce jour de nombreuses infections ayant résisté aux antibiotiques les plus puissants.

Emmanuel Mba Ngono

Sources : Santé et biodiversité ; Allodocteurs ; AFD (Appui à la Formation et au Développement).