L’île de Samsø au Danemark Vitrine des bonnes pratiques environnementales

L’île de Samsø au Danemark      Vitrine des bonnes pratiques environnementales

Presque inconnue et inaperçue en 2007, l’île de Samsø au Danemark s’impose désormais comme un modèle pour la production et la consommation des énergies renouvelables à l’échelle mondiale.

    La localité accueille désormais des visiteurs japonais, états-uniens, brésiliens…sans oublier des personnalités de marque parmi lesquelles le roi et la reine des Pays-Bas. Ils viennent de divers horizons pour voir et découvrir de leurs yeux des innovations environnementales qui forcent l’admiration, grâce notamment à l’usage intensif des énergies renouvelables et la pratique de l’agriculture bio.

Les mutations de Samsø feront certainement tâche d’huile dans l’avenir aux yeux du monde, car elles constituent un véritable miracle pour de nombreux témoins qui assistent, depuis une dizaine d’années, à la transformation saisissante de cette partie du Danemark. Lorsqu’on compare Samsø de 2007 et Samsø de 2016, le contraste se révèle captivant.

    En 2007, Samsø qui s’étend sur 114 km2 — soit environ deux fois la surface de l’île bretonne de Sein, était comme vouée à la déperdition. La localité semblait se laisser dominer par un mauvais vent. Ses quelque 4.000 occupants assistaient impuissants à son déclin au fil des années. «Les jeunes partaient, les commerces et les usines fermaient les unes après les autres. » Les populations étaient bien conscientes qu’il fallait se battre pour survivre. Mais comment ? La réponse à cette question ne coulait pas de source.

«  vivre sans énergie fossile »

« En 1997, après Kyoto, le ministre de l’Environnement du Danemark a lancé un concours pour les îles du pays. Il fallait présenter un plan pour passer à 100 % d’énergies renouvelables en moins de dix ans, et contre toutes attentes, c’est Samsø qui a gagné ! », témoigne Søren Hermansen qui enseignait à l’époque dans une école communale. Ce fut le déclic. Aujourd’hui, le contraste est saisissant. Le miracle inespéré s’est produit dans l’île de Samsø. Pour ses habitants, le mot énergie, a pris depuis lors une résonnance particulière. «  vivre sans énergie fossile », voilà désormais la nouvelle devise qui transforme sans cesse toute la surface de Samsø, ses habitants et leurs modes de vie.

L’exploitation du vent pour la production de l’énergie s’est imposée comme un chantier environnemental majeur. Au départ, l’on a assisté à l’installation de onze éoliennes, pour un coût de plus d’une dizaine de millions d’euros investis par les habitants. Plus de 500 familles sont ainsi devenues co-propriétaires de ces hélices géantes.Afin de faciliter les prêts auprès des banques, le gouvernement danois a garanti pendant dix ans un prix de rachat de l’électricité très intéressant, d’environ 0,8 centime par kilowatt heure, assurant ainsi le retour sur investissement après huit ans. »

Pour l’heure, le paysage de l’île de Samsø compte onze éoliennes, dont neuf appartiennent à des agriculteurs. De l’avis de Søren Hermansen, ce projet a été démocratique et communautaire, d’où sa réussite. Grâce à sa politique énergétique, le Danemark est devenu un pays leader dans l’énergie éolienne : il vise 50 % d’électricité produite à partir de ces turbines en 2020.

Les émissions de CO2 réduites à 140%.

Autre chantier environnemental lancé avec succès dans l’île, la mise sur pied de quatre chaufferies collectives. L’une d’entre elles fonctionnent au bois, les autres à la paille. Une chaufferie sert pour 200 à 400 foyers. Par ailleurs, la municipalité s’est équipée d’une quinzaine de voitures fonctionnant à l’énergie solaire. D’après les projections, l’île ambitionne d’atteindre 50 % de véhicules électriques d’ici à 2020.

Les énergies renouvelables couvrent à présent la totalité de la consommation d’électricité et les trois quarts des besoins en chauffage. Les émissions de CO2 liées à l’énergie sont réduites à 140%.

Sur un autre plan, le développement de l’agriculture a également pris de l’envol. Un projet dénommé, «  projet d’île verte » s’installe dans l’île et prend corps dans les pratiques culturales et dans les mentalités. De l’avis de Malene, un habitant, « Ce projet d’île verte change peu à peu les mentalités des gens. Les agriculteurs, par nature plutôt conservateurs, s’ouvrent à de nouvelles idées, imaginent d’autres mondes. »

Au bout du compte, les habitants de ’île de Samø sont fiers de leurs réussites. Avec raison. Mai, un des leurs, fait ainsi observer : « Sur une île, on voit vite les résultats de ce que l’on entreprend, les idées se concrétisent, les rêves deviennent réalisables ». Et Malene, un autre habitant de révéler : « Ici, tous les gens se connaissant, ils apprennent à se faire confiance, à travailler les uns avec les autres. Il y a un vrai esprit communautaire, une envie de survivre, de s’en sortir ensemble. Une de nos réussites collectives, c’est que nous avons mis en place des manières de communiquer et de travailler qui permettent de gérer les désaccords. »

Fort de leurs réussites, les Danois de Samø regardent de plus au loin au-delà des eaux qui les entourent, avec en plus des ambitions planétaires. Témoignent ces autres propos de Søren Hermansen devenu par la suite membre de l’Académie de l’énergie de Samø: « Comme nos ancêtres vikings, nous allons conquérir le monde et le civiliser à nouveau ». Ajoutons qu’en respectant toutefois sa diversité. Car, « Il faut penser local et agir local. Chacun peut faire la même chose chez soi ! »… dans son île à lui. Ayant toutefois à l’esprit ce sage conseil que nous prodigue Malene Lunden, un des acteurs des innovations de Samø : « Pour qu’un changement de société ait lieu, il faut à la fois du top-down et du bottom-up, c’est-à-dire à la fois un engagement des citoyens et un soutien de l’État ».

Emmanuel Mba Ngono

Source:  EurActiv.com