Le Malgache Ahmad nouveau président du football africain

Pour le Camerounais Issa Hayatou qui dirigeait la Confédération africaine du football (CAF), depuis 1988, cette fois n’était pas la bonne. Les urnes ont parlé à l’issue du vote organisé au cours d’une assemblée élective de la Confédération africaine de football tenue à Addis Abeba en Ethiopie, le jeudi 16 mars 2017. Le pouvoir a changé de mains au profit de l’unique challenger, le candidat malgache Hamad Hamad.
Le résultat officiel de l’élection ne suscite aucun doute : 34 voix pour le nouveau dirigeant du football africain, et 20 seulement pour le Camerounais qui, pendant 29 ans incarnait le sport roi du continent noir dans toutes les arènes. Mais que s’est-il passé pour que s’impose l’ère des ruptures ?
Issa Hayatou, juste après la proclamation des résultats donne son avis : « Voilà 29 ans que je suis à la tête de la Confédération africaine de football, mais visiblement certains pensent que je suis vieux et qu’il faut que je parte ! Sepp Blatter a été réélu à la tête de la FIFA à 79 ans, mais personne n’en a parlé, là ! »

Des signes du changement

La campagne pour l’élection d’un président à la tête de la Caf cette année, a depuis des semaines, annoncé des signaux avant-coureurs. On a vu le tout nouveau président de la Fédération internationale de football association (FIFA), Gianni Infantino, séjourné longuement en Afrique, au moment où la campagne électorale de la CAF battait son plein. Visitant l’Ouganda en février dernier, il a invité les associations africaines de football à effectuer des choix objectifs. « C’est ça la démocratie, c’est ça une élection, et ceux qui doivent voter, ils voteront et éliront, et moi-même en tant que président de la Fifa, je serai très heureux de travailler avec le président qui sera élu par le football africain en mars », avait-il déclaré lors d’une conférence de presse.
Hier à Addis-Abeba, capitale de l’Ethiopie, le président de la FIFA, était présent pour assister au vote, suscitant encore des rumeurs qui faisaient état de son soutien officieux à M. Ahmad. La raison selon les partisans de cet avis étant que la CAF de Issa Hayatou n’avait pas soutenu Gianni Infantino lorsqu’il briguait la présidence de la FIFA en 2016.
En réaction, Gianni Infantino a fait cette décalartion : « Bien sûr que non, bien sûr que non… Ça n’a rien à voir. Quand il y a une élection, les gens décident – c’est démocratique – qui ils veulent soutenir. Après, une fois que tu es élu, tu es président de 211 associations nationales, dont 54 et bientôt 55 africaines. Depuis le premier jour j’ai travaillé main dans la main avec la CAF et avec toutes les fédérations africaines et d’ailleurs toutes les autres associations du monde. Donc c’est un processus tout à fait normal ».

Cependant, de nombreux observateurs soulignent qu’Issa Hayatou a amorcé sa descente aux enfers depuis quelques années.
Sa longévité de 29 ans militait grandement en sa défaveur. Le courant ne passait plus avec certains membres du comité exécutif de la Caf. S’ajoutait ensuite son état de santé dégradant. D’autres personnes avancent comme l’une des causes de sa chute, l’écrasante influence qui aurait été la sienne, chaque fois qu’il fallait choisir le pays devant abriter la phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations seniors. Les partisans de cette opinion étalent leurs arguments. Depuis 2012, la sous-région Afrique centrale d’où il est originaire a été retenue pour organiser la compétition trois fois sur quatre éditions. Et la quatrième aura lieu au Cameroun en 2019.
Toutefois, sont aussi nombreuses les voies du continent africain qui saluent l’œuvre immense accomplie par le Camerounais Issa Hayatou, pour le développement du football en Afrique au bénéfice des hommes, des femmes, des jeunes et des clubs. A l’internationale, le football africain s’est imposé dans les stades et les cercles de décision.

Le renouveau du football mondial

Il reste qu’à l’observation, le vent du renouveau dans les instances dirigeantes du football mondial souffle encore bien fort, après les malheurs de Sepp Blatter, ancien président de la FIFA.Au sein même de la CAF, les travaux de cette 39e ont marqué un tournant historique en ce qui concerne le changement des dirigeants. Après Issa Hayatou, la majorité des membres du Comité exécutif qui constitue le gouvernement du foot africain, ont été balayés. Les hommes de l’équipe du nouveau président ont raflé pratiquement tous les postes, poussant à la sortie les anciens collaborateurs de Hayatou. De nouveaux hommes représentent depuis hier les différentes zones de découpage du football africain.
Malgré son départ inattendu de la CAF, Issa Hayatou reste au service du football africain Beau joueur il a tendu la main à son successeur Hamad Hamad hier, à Addis-Abeba, avant de quitter la salle: «Sachez Monsieur le nouveau président que je suis à votre disposition, si jamais vous avez besoin de mon expérience. On ne peut pas avoir bâti l’organisation de la CAF pendant 29 ans et nous tourner le dos, c’est impossible ! ».
Emmanuel Mba Ngono
Source : Camfoot , Afriquefoot